Page_002 Un gamin

Un gamin de 4 ans est témoin du crash.

     

Marcel Leroy et ses parents, Irène et Jules.

Nous sommes le 14 juin 1944, il est 9h17. Marcel Leroy, âgé de quatre ans, se rend à l’école. Il est seul ce matin-là. Il a entendu le bruit d’un avion. Il l'aperçoit soudain surgissant au-dessus des arbres et des toits ; il est suivi d’un épais nuage de fumée noire. Les yeux fixés sur cet avion en perdition, Marcel voit une masse sombre s'extirper de l'avion et s’écraser au sol. Quant à l’appareil, il va s’écraser dans la prairie de l'autre côté du chemin. Cette masse sombre, c'était le pilote…

Apeuré, Marcel s'enfuit et rejoint l’école tandis que les gens du voisinage accourent sur le lieu du drame. Ils sont suivis par le curé qui administre les derniers sacrements au pilote décédé. Les parents de Marcel se sont amenés très rapidement à l'école pour s'assurer que leur gamin y est bien arrivé. Irène Gorts, sa maman, rentre à la maison au hameau du Buis et revient déposer, sur le corps mutilé du pilote, un bouquet de fleurs coupées à la hâte dans le jardin familial. 

C'est l'affolement général. Un gigantesque attroupement se forme autour du cadavre de ce jeune soldat qui a cessé de vivre. Survient alors un motocycliste prétendant être membre de la Résistance ; il fend la foule et vient retirer les papiers d’identité du pilote et sans doute son plan de vol. 

Les Allemands ont tardé à arriver sur les lieux du crash ; ils avaient plus urgent à faire : parcourir la région à la recherche de l’équipage en menaçant les villageois de prendre des otages s’ils refusaient de collaborer aux recherches.

La nouvelle qu’un avion américain est tombé à Wodecq se propage comme une traînée de poudre dans toute la région. L'après-midi, les curieux arrivent par centaines de tous les villages environnants. Juché sur son petit vélo, Marcel se faufile parmi cette foule. Les jeunes gens semblent à l’aise, enjoués et affairés comme sur un champ de foire. Fiers comme Artaban, ils paradent parmi les débris avec, pendus sur la poitrine, des instruments dont ils ne connaissent nullement l’utilité. Les jeunes filles fouillent partout à la recherche du moindre lambeau de toile ou de morceaux de mica avec lesquels des mains habiles leur fabriqueront soit une robe, soit une bague, une broche ou de petits pendentifs.

Pour les Allemands, cette «brocante» improvisée n’a que trop duré. En fin d’après-midi, un véhicule militaire arrive, mais les soldats ne brutalisent personne. Suite à l’interrogatoire de trois membres de l’équipage qui ont été capturés non loin de là, ils ont compris qu’aucun autre membre de l’équipage ne peut être caché à Wodecq. Ils invitent la masse de badauds à s’éloigner mais personne n'obéit aux injonctions ; seule la peur pourrait leur faire entendre raison. Aussi les soldats tirent-ils quelques rafales de mitraillette au-dessus des têtes, créant ainsi une panique indescriptible dont le petit Marcel garde encore un souvenir aussi pittoresque qu’impérissable.

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