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Passeur de mémoire

Marcel Leroy n'a jamais pu chasser de son esprit les événements tragiques dont il avait été le témoin au matin du 14 juin 1944. Mais ayant quitté le village à l'âge de 6 ans et plus tard la Belgique pour de longues années, il se rendait bien compte que les souvenirs s'estompaient peu à peu.

De témoin, Marcel Leroy deviendra passeur de mémoire. Il rejoindra toutes ces personnes qui, à longueur d'année, s'occupent d'associations patriotiques parce qu'elles n'acceptent pas que l'on oublie d'une part les tourments endurés par nos populations durant les dernières guerres et, d'autre part, la générosité de ceux qui sont venus nous libérer.

 

C'est le livre de William Cupp "De la Picardie aux camps nazis" dont Yvette Van Quickelberghe se chargea de la version française en 2006 qui réveilla en lui l'idée de raviver les mémoires et de poser un geste envers ce jeune soldat américain dont la conduite avait été jugée héroïque autrefois et qui n'avait droit qu'à une simple citation lors des commémorations patriotiques des 8 mai et 11 novembre de chaque année.

https://www.amazon.fr/Picardie-aux-camps-nazis/dp/293034279X/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1500290973&sr=1-1  

Projet et installation d'une stèle

L'intention d'ériger une stèle en hommage au geste posé par le lieutenant Addy germait depuis longtemps dans l'esprit de Marcel Leroy. Mais, loin de la Belgique pendant de nombreuses années, il estima longtemps que le moment n'était pas opportun.

Sa motivation changea à la suite de deux événements survenus en 2006 : 

La promenade dans le village avec sa vieille maman qui quittait sa maison car elle rencontrait des difficultés à se gérer seule. A cette occasion, Marcel lui promit de faire en sorte que soit entretenu le souvenir de ce jeune soldat venu mourir si loin de chez lui pour que notre continent retrouve la liberté;

La sortie du livre "De la Picardie aux camps nazis" par un membre de l'équipage, William Cupp. La lecture de ce livre l'aida à vaincre ses dernières hésitations. L'événement-choc de sa tendre enfance y était parfaitement décrit, comme l'était la traversée de villages qu'il sillonnait régulièrement. Quant aux personnes de la région citées dans l'ouvrage, s'il ne les connaissait pas toutes, il avait entendu parler de la plupart d'entre elles.

La première présentation de son projet à des autorités communales date de 2006. Bien qu'il ait été fort apprécié par ces dernières, il ne pouvait être soutenu par elles, car les faits relatés s'étant déroulés dans une commune voisine, c'est l'administration de cette dernière (Ellezelles) qui devait donner son aval. Marcel connut donc des périodes d'hésitation, de découragement et d'espoir renaissant chaque fois qu'on lui disait qu'il avait là une idée fort estimable qu'il aurait intérêt à développer. S'il n'avait pas rencontré Jacques De Ceuninck, l'initiateur et le maître d'œuvre d'un projet similaire à Kain, qui l'encouragea et lui donna de précieux conseils pour affronter une administration de prime abord fort réservée, jamais il n'aurait eu le courage de poursuivre les démarches administratives et autres pour mener à bien son projet. L'administration communale d'Ellezelles semblait fort hésitante car elle redoutait que d'autres projets traitant de la même période lui soient présentés. Elle craignait sans doute de ne pas pouvoir faire face à toutes les demandes qui pourraient lui parvenir. On peut comprendre cette réserve car la commune d'Ellezelles a le triste privilège de se situer parmi les communes belges dont la population paya un très lourd tribu lors des deux guerres mondiales. Puisque le collège des Bourgmestre et Echevins hésitait à défendre ce projet, le Front unique des Associations patriotiques de la commune décida d'en prendre la gouvernance. Carlos Derbaise, son président, Anita Goeffers et Claude Van Lithaut, ses proches collaborateurs, unirent leurs efforts et travaillèrent en parfaite harmonie avec Marcel Leroy.

Entre-temps, ce dernier n'était pas resté inactif. Le SHAPE n'étant pas loin d'Ellezelles, ses instances dirigeantes avaient été tenues au courant du projet. De suite, mesdames Baneton et Spook, chargées des Affaires publiques, furent des correspondantes assidues et des conseillères précieuses, car des projets de ce genre, elles en connaissaient beaucoup en Belgique et dans les pays limitrophes. Leur expérience était grande et leurs carnets d'adresses bien fournis. Une précieuse aubaine car de nombreuses personnes, toutes passionnées par les événements de cette période et impliquées dans des travaux de recherche historique et d'archéologie militaire, proposèrent de suite leur aide. 

L'endroit où devait être implantée la stèle ne posait guère de problème. Les lieux du crash étant restés en l'état, c'est tout naturellement là qu'elle sera placée. Le croisement de différentes rues offrait un emplacement idéal. Restait à choisir le type de monument à ériger. Ayant rencontré de nombreux sites de ce genre en Ardenne ou en Alsace, Marcel opta tout naturellement pour une pierre qui viendrait des carrières de la région. C'est Bernard Rasmont, un habitant de Wodecq, qui non seulement offrit la pierre mais, en compagnie de son fils, l'installa à l'endroit désigné par les instances communales. Claude Van Lithaut paracheva le travail en compagnie d'André Cotton.  

Construction de la stèle.
Cl. Van Lithaut, Bernard Sébastien Rasmont et
André Cotton 



Claude Van Lithaut



André Cotton 

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