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LES CIMETIERES MILITAIRES US

Dès que le débarquement de Normandie fut envisagé par les autorités militaires alliées, on pensa inévitablement aux conséquences de cette opération et particulièrement aux morts qu’elle occasionnera. Bien vite, on dut se ranger à l’évidence : nécessité d'implanter des cimetières provisoires à proximité des plages où les combats furent intenses, à Omaha Beach en particulier qu’on appellera parfois Bloody Omaha tellement la bataille y a été cruelle et meurtrière.

Si le soir du 6 juin, les morts - de toutes nationalités - ont été entassés à la hâte dans des fosses communes, l'installation d'un cimetière provisoire US s'avéra bien vite nécessaire. Ce fut chose faite dès le 8 juin à Saint-Laurent-sur-Mer, un village tout proche des plages de débarquement.

De juin à décembre 44, une vingtaine de ces cimetières furent construits en France pour accueillir la dépouille de plusieurs milliers de soldats américains. Contrairement aux Britanniques qui enterraient leurs morts non loin des zones de combat, les Américains ont voulu rassembler autant que possible leurs morts. D’où le nombre important de cimetières anglais disséminés dans les campagnes de France et du Benelux comparé aux quelques cimetières US. Cela explique l’étendue de ces nécropoles américaines qui imposent le silence, le recueillement et le respect à tout qui les visite. Celle de Colleville-sur-Mer fut inaugurée en 1956; d'une superficie de 70 hectares, elle compte 9.387 tombes.

Si les soldats qui ont perdu la vie dans la Bataille de Normandie furent enterrés, pour la plupart, dans le cimetière de  Colleville-sur-Mer situé près des plages d'Omaha Beach, ceux qui perdirent la vie durant les mois suivants furent enterrés plus à l'Est au fur et à mesure que les territoires se libéraient. Quatre de ces cimetières nous intéressent particulièrement ; ils ne sont pas très éloignés l'un de l'autre : Margraten aux Pays-Bas, Neuville-en-Condroz et Henri-Chapelle en Belgique et Hamm au Grand-duché du Luxembourg. L'installation de ces cimetières en ces endroits permettait de rassembler les corps de tous les soldats tombés lors de l'avancée vers l'Est, de ceux de la Bataille des Ardennes et de ceux qui, inévitablement, tomberont sur le sol allemand avant la fin des hostilités.

Ces cimetières font partie d’un ensemble de 25 cimetières, 26 monuments aux morts et autres lieux de mémoire situés dans 15 pays. Une agence du gouvernement américain « American Battle Monuments Commission » fondée durant la Première Guerre mondiale gère ces sites et les entretient. Elle fut mise sur pied à l'initiative du général Pershing qui déplorait que rien n'avait été prévu pour les soldats tombés lors d'opérations militaires à l'Etranger. 207.589 soldats américains (hommes et femmes) sont ainsi honorés de par le monde : 35.374 pour la Première Guerre mondiale, 172.215 pour la Seconde.

Dans chaque cimetière US, une liste de noms dressée par ordre alphabétique figure sur le mur des Disparus ou sur des monuments érigés à cette intention. Ce sont ceux des militaires dont les corps n'ont pas été retrouvés. Parfois une croix se distingue des autres, elle porte l’inscription « Know but to God » (Connu seulement de Dieu); c'est celle d'un soldat dont l'identité n'a pas été retrouvée. Encore aujourd’hui, une organisation tente d’identifier les corps « inconnus ». Les personnes chargées de cette mission sont en poste à Hawaï et se déplacent quand elles reçoivent des renseignements sur un corps qui pourrait être identifié.

Une fois la paix retrouvée, des camions US transportaient fréquemment des cercueils vers le port d’Anvers car de nombreuses familles éprouvées (60%) demandaient le rapatriement de la dépouille de leur fils ou de leur fille. Creuser les tombes, enterrer et déterrer les cercueils pour les préparer à ce long voyage étaient des travaux auxquels étaient astreints des prisonniers allemands qui portaient les lettres PW dans le dos.

Le village de Margraten, situé près de la frontière belge, a été libéré par la 30ème division d’infanterie américaine le 13 septembre 1944. Maastricht, la ville toute proche, retrouva la liberté le lendemain. Deux mois après, soit le 10 novembre 1944, un cimetière militaire fut construit dans ce village. D’une superficie de 26,5 ha, c’est une concession gratuite et perpétuelle offerte aux États-Unis par le gouvernement néerlandais. Les autres cimetières américains jouiront des mêmes avantages.

8.301 soldats reposent à Margraten. Dans la Cour d’honneur, le nom de 1722 soldats portés disparus, a été gravé sur les murs entourant le bassin du Souvenir. Le site, dans sa configuration actuelle, a été inauguré le 7 juillet 1960 par la reine Juliana des Pays-Bas.

Sur des murs voisins, des cartes ont été dessinées. Elles représentent tout un ensemble d’opérations militaires depuis le débarquement en Normandie jusqu’à la fin des hostilités.

La statue d’une femme en deuil attire particulièrement l’attention des visiteurs. Elle symbolise la tristesse devant l’horreur des événements passés; à côté, trois colombes et de nouveaux jets sortant d’une souche d’arbre détruit par la guerre représentent la paix retrouvée et font penser au renouveau engendré par celle-ci.

Notons que chaque stèle de marbre blanc en forme de croix latine ou d'étoile de David est faite en marbre blanc de Lasa, village de la province de Bolzano en Italie. Y sont mentionnés le nom, le grade, l'unité combattante, l'Etat d'incorporation du soldat ainsi que la date de son décès.

Non loin de Margraten, on rencontre trois autres cimetières US, deux en Belgique, à Neuville-en-Condroz et à Henri-Chapelle et un au Luxembourg, à Hamm près de Luxembourg-ville. Ces trois cimetières ont été construits à la même époque, fin 44 début 45.

Le cimetière de Neuville-en-Condroz a une superficie de 36,5 ha. Il abrite les restes de quelque 5.330 soldats. Si certains d’entre eux perdirent la vie lors de la Bataille des Ardennes fin 44 et début 45, beaucoup sont des soldats de l’Armée de l’Air.

Un cimetière provisoire fut construit en février 1945. Lorsque les Etats-Unis décidèrent d’en faire un cimetière permanent, la Belgique accorda spontanément le libre usage du terrain à perpétuité. Ce cimetière est le seul en Europe dans lequel on offre une sépulture aux corps (ou ce qui en reste) que l’on retrouve encore.

Le cimetière de Henri-Chapelle d’une superficie de 23 ha a été créé fin septembre 1944. Situé à 30 kilomètres de Liège et seulement à 16 kilomètres d’Aix-la Chapelle, il accueille les restes de 8.000 soldats auprès desquels reposent 450 soldats dont on ignore l’identité. Beaucoup de ces combattants perdirent la vie lors de la Bataille des Ardennes.

Inauguré le 29 décembre 44, le cimetière de Hamm situé dans les faubourgs de Luxembourg-ville accueille 5.076 soldats US. Le général Patton mort le 21 décembre 1945 à la suite d'un accident de la route à Heidelberg repose au milieu de ces soldats morts, pour la plupart, lors de la Bataille des Ardennes. Cette tombe recevait tellement de visites qu’elle a dû être déplacée et mise à l’abri d’une clôture dans un coin du cimetière.

Parrainage d’une tombe

Si autrefois, il était possible de parrainer une tombe US en s'adressant au centre d'accueil du cimetière, cela n'est plus le cas aujourd'hui.

Les demandes de parrainage se font auprès l’American Overseas Memorial Day Association Belgium via le site www.aomda.org . On clique sur la rubrique « Etre une sentinelle de la mémoire ». « Nous contacter » permet de surmonter les difficultés qui surgiraient.

 

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